

C'est la
veille de Noël, chez
Fritz et Clara. Ils attendent la visite
de
leur oncle Drosselmeyer. Il est horloger
et leur apporte souvent de bien étranges
jouets qu'il fabrique lui même.
Il raconte aussi de fabuleuses histoires.
Le voilà qui arrive ce soir là avec
trois nouveaux incroyables petits automates
et, il sort de sa poche, une sorte de
poupée en bois, droit comme un
petit soldat, avec une grande bouche
qui sert de casse-noisette, tout simple.
Les enfants regardent ces cadeaux
et Clara prend le casse-noisette pour
voir de près comment il fonctionne.
Fritz veut à son tour s'en emparer.
Il tire dessus, Clara ne le lache pas
et, ce qui devait arriver arriva, le
casse-noisette se casse!
Clara commence à pleurer
mais oncle Drosselmeyer s'empare vite
du jouet
et avec son mouchoir lui fabrique un
pansement qui lui remet la machoire en
place. Clara le remercie mais la maman
de Clara en a assez de tout ce bruit
et elle les envoie vite au lit.
- "Allez hop Fritz! Hop Clara! Allez
vite vous coucher. Vous êtes trop énervés
ce soir".
Clara part sagement dans son lit et laisse
sa nouvelle poupée blessée
dans un petit lit au
pied du sapin.
L'oncle Drosselmeyer vient lui souhaiter
bonne nuit et lui raconte une bien curieuse
histoire.
- "Tu sais Clara, ce casse-noisette
n'est pas une poupée ordinaire,
c'est un jeune homme qui se cache à l'intérieur.
Voilà sa véritable histoire:
Il y a longtemps un roi et une reine
eurent une fille, la princesse Pirlipat,
qui était devenue très
laide à cause d'un mauvais sort
lancé par le roi des souris. Les
souris du château avaient cependant
promis que si un jour un homme voulait
délivrer la princesse de sa laideur,
il le pourrait. Il lui faudrait pour
cela casser avec les dents une noix très
dure et en donner son fruit à manger à la
princesse.
Bien des jeunes gens étaient venus
pour tenter de délivrer la princesse
de ce mauvais coup du sort, mais, jusqu'à présent,
ils s'y étaient tous cassé les
dents.
Or, un jour, mon neveu, qui avait eu
vent de cette histoire, se présenta
au château. On lui apporta la fameuse
noix très dure et, d'un coup de
dent, d'un seul coup de machoire, il
l'ouvrit et en offrit le fruit à la
princesse. Elle croqua cette noix et,
comme par enchantement, se transforma
en une magnifique jeune fille.
Mon neveu, ébloui par tant de
beauté, recula de trois pas pour
saluer la princesse, comme il se doit.
Faisant cela il marcha malencontreusement
sur la queue d'une souris venue assister à à la
scène. Le roi des souris, furieux
de cet incident, lui jeta un sort et
le transforma en casse-noisette en bois!
Bien sûr la princesse ne voulut
pas d'un casse noisette comme mari, alors
on le chassa du château.
Voilà la triste histoire de mon
neveu le casse-noisette.
Allez Clara, dors bien et fais de beaux
rêves!"
L'oncle Drosselmeyer éteignit
la lumière, sortit et ferma doucement
la porte; Clara commençait à peine à s'endormir.
Elle n'arrivait pas à trouver
le sommeil aussi décida-t-elle
d'aller chercher son casse-noisette.
Elle se dirigeait vers le salon lorsqu'elle
constata qu'il se passait des choses
un peu bizarres. Elle ne savait pas exactement
ce que c'était, si c'était
elle qui rapetissait ou si tout se mettait à grandir
autour d'elle.
Toujours est-il que bientôt toute
une armée de souris, qui semblait
descendre du sapin de noël, vint
encercler Casse-Noisette. Le petit bonhomme
se leva, appela à l'aide les soldats
de bois de Fritz et tous les autres jouets
qui l'entouraient. Ils se mirent en route
tous ensemble contre les souris.
Le roi des souris arriva et fonça
directement sur Casse-Noisette. Voyant
cela Clara attrapa son chausson, visa
rapidement le roi et lança violemment
sa pantoufle sur lui. Il tomba à terre,
mort ou assomé. Les souris l'emportèrent
et se retirèrent toutes du champ
de bataille.
Casse-Noisette vint vers Clara pour la
remercier.
- "Tu m'as sauvé la vie!
Je ne sais comment te remercier!"
En disant cela il prenait vie et peu à peu
se transformait en un magnifique jeune
homme. Clara n'en croyait pas ses yeux.
- "Viens avec moi, lui dit-il, je
vais t'offrir une belle promenade là où tu
n'es encore jamais allée".
Et, comme par magie, les voilà emportés
dans un tourbillon de flocons de neige.
Dans leur valse folle ils voyagèrent
dans les airs et se retrouvèrent
devant la fée Dragée qui
leur dit de sa douce voix :
- "Ah! vous voilà enfin!
Je vous attendais pour le goûter.
Venez vite jusqu'au royaume des gourmandises,
au fabuleux pays des friandises
Le paysage était féérique
: les chemins étaient en caramel,
les fontaines prodiguaient des jets de
grenadine, il y avait des maisons en
nougat, des escaliers en biscuit, jusqu'au
palais de la fée tout en choux à la
crème, se dressant comme une immense
pièce montée.
- Comme je suis contente de vous voir,
continuait la fée Dragée.
Votre voyage s'est bien passé?
- Oui, répondit Casse-Noisette,
mais auparavant nous avons dû affrontrer
l'armée des souris et, sans Clara,
je crois bien que je serais mort à l'heure
qu'il est.
Clara sourit, fière, d'avoir pu
aider ce vaillant et beau garçon
qui lui tenait la main.
- Allez, installez-vous, poursuivit la
fée Dragée. Vous allez
goûter en assistant au plus beau
spectacle que je puisse vous offrir.
La belle fée conduisit alors les
deux enfants vers une table magnifique
où se dressait un gigantesque
goûter. Elle leur offrit de délicieux
et succulents gâteaux accompagnés
de boissons fraiches et chaudes dans
une vaisselle étincelante.
Puis d'un coup de baguette magique, elle
appella les artistes qui apparaissaient
devant les yeux ébahis de Clara.
Le premier numéro était
celui du Prince Chocolat qui exécuta
une danse espagnole endiablée
durant laquelle il frappait des pieds
pour mieux en souligner le rythme ensorcelant.
Vint ensuite le café d'Arabie
qui semblait flotter au dessus du sol
comme un doux arôme qui faisait
frémir les narines des enfants.
Ce fut alors le moment du thé de
Chine. Il bouillonnait en tournant comme
un manège saluant à chacun
de ses tours les enfants en joie.
S'élancèrent alors les
courageux et intrépides petits
bonbons russes à la menthe qui
avaient préparé d'incroyables
cascades et culbutes, puis un groupe
de quelques danseuses en massepain qui
apportèrent une touche légère
et gracieuse à cette folle débandade.
Clara et Casse-Noisette applaudissaient
de tout leur coeur.
Madame Gingembre vint prendre place sur
scène avec une flopée d'enfants
tous plus mignons les uns que les autres.
Ils se lancèrent dans une époustouflante
série de galipettes entrecoupées
de rires qui fusaient de toute part.
Dans le calme qui suivit leur départ,
une cascade de fleurs en sucre déferla
dans la pièce. Elles ouvraient
leurs pétales dorés en
vagues successives, traversaient la pièce
avec grâce et élaboraient
d'élégantes compositions
avant de se rejoindre toutes ensemble
dans un magnifique bouquet final.
Après cette valse de fleurs, la
fée Dragée refit son apparition,
escortée d'un tout jeune homme.
L'élégance et la grâce
de leurs silhouettes donnaient à leur
danse l'allure d'un tendre tête-à-tête.
- "Voilà comment je voudrais être
quand je serai grande, se dit Clara en
son for intérieur. Et je voudrais
que toutes les fêtes soient aussi
joyeuses et belles que celle-ci».
Clara descendit de son trône, embrassa
la fée Dragée et remercia
tous les danseurs. Puis elle prit la
main de son prince et tous deux s'éloignèrent
vers le futur.
Lorsque Clara
ouvrit les yeux, elle était
dans son lit. Casse-Noisette, son petit
bonhomme en bois, était là, à ses
côtés, le mouchoir autour
de la tête. Clara ne savait plus
trop quoi penser. Elle le regarda, dénoua
le mouchoir et constata que la machoire
s'était, comme par miracle, réparée.
Elle ne savait vraiment plus du tout
quoi penser.
On frappa
alors à la porte.
- Entrez! claironna Clara!
Apparurent alors dans l'embrasure de
la porte l'oncle Drosselmeyer et son
neveu! Son neveu en chair et en os, en
tout point identique au jeune homme du
rêve de Clara.
D'un pas lent et solennel il se dirigea
vers Clara et lui donna la main afin
qu'elle descende de son lit.
